À ce stade, vous vous demandez peut-être :
« Pourquoi moi ? Pourquoi certaines personnes semblent vivre sereinement alors que mon cerveau imagine toujours le pire ? »
La réponse est rarement unique.
Il n’existe pas une seule cause, ni une seule explication.
En revanche, au fil des accompagnements que je réalise, je retrouve souvent des points communs. Il ne s’agit pas de vérités absolues, mais de pistes de compréhension qui permettent de porter un regard plus bienveillant sur ce que l’on vit.

Vous avez peut-être traversé des périodes où il fallait rester sur vos gardes
Certaines personnes ont grandi dans un environnement où il était difficile de se sentir en sécurité.
Des conflits fréquents.
Des changements imprévisibles.
Un parent malade.
Des critiques répétées.
Un climat où il fallait constamment anticiper les réactions des autres.
Dans ces situations, rester vigilant est une formidable capacité d’adaptation.
Observer les moindres détails.
Sentir les changements d’ambiance.
Prévoir ce qui pourrait arriver.
À ce moment-là, cette vigilance est utile.
Le problème, c’est que notre cerveau apprend très bien… mais il désapprend beaucoup plus lentement.
Même lorsque le danger appartient au passé, il peut continuer à fonctionner comme si tout pouvait arriver à nouveau.
Ce n’est pas parce que vous êtes « trop anxieux(se) ».
C’est parfois simplement parce que votre cerveau a appris à rester en alerte.
Vous avez vécu une ou plusieurs épreuves difficiles
Il arrive aussi que ce fonctionnement apparaisse après un événement marquant.
Une séparation.
Une maladie.
Une trahison.
Ou tout simplement une succession de difficultés qui ont fragilisé votre sentiment de sécurité.
Lorsque la vie nous surprend douloureusement, notre cerveau cherche parfois à éviter que cela se reproduise.
Il se dit, inconsciemment :
« La prochaine fois, je veux voir venir. »
Alors il commence à imaginer.
À prévoir.
À anticiper.
Le problème, c’est qu’à force de vouloir tout prévoir, il finit parfois par créer des inquiétudes bien avant qu’il n’existe un réel problème.
Vous avez beaucoup de responsabilités
Je remarque souvent ce fonctionnement chez les personnes qui portent énormément de choses sur leurs épaules.
Les parents.
Les aidants.
Les chefs d’entreprise.
Les professionnels investis.
Les personnes qui prennent soin des autres avant de penser à elles-mêmes.
Quand on se sent responsable, il est naturel de vouloir éviter les problèmes.
Mais cette responsabilité peut parfois se transformer en hypervigilance.
Vous réfléchissez à tout.
Vous prévoyez tout.
Vous vérifiez tout.
Parce que vous avez peur qu’un détail oublié ait des conséquences importantes.
Petit à petit, votre cerveau finit par considérer que tout repose sur vous.
Et cette pression devient très difficile à supporter.
Vous avez besoin de contrôler ce qui est incertain
L’incertitude est inconfortable pour beaucoup d’entre nous.
Mais certaines personnes la vivent comme une véritable source d’angoisse.
Ne pas savoir.
Attendre.
Ignorer ce qui va se passer.
Tout cela peut être très difficile.
Alors le cerveau fait ce qu’il sait faire de mieux :
Il remplit les blancs.
Malheureusement, lorsqu’il est inquiet, il remplit souvent ces espaces avec les scénarios les plus catastrophiques.
Ce n’est pas parce qu’ils sont les plus probables.
C’est parce qu’il préfère imaginer un danger qui n’arrivera peut-être jamais plutôt que d’accepter de ne pas savoir.
Vous manquez peut-être de sécurité intérieure
Lorsque l’on pense toujours au pire, on cherche souvent à contrôler ce qui se passe à l’extérieur.
Pourtant, avec le temps, je me suis rendu compte que la véritable difficulté se situe souvent ailleurs.
Il manque parfois un sentiment profond de sécurité intérieure.
Cette petite voix capable de dire :
« Quoi qu’il arrive, je trouverai des ressources. »
Lorsque cette confiance est fragilisée, chaque difficulté paraît plus grande.
Chaque imprévu semble devenir une menace.
Et le cerveau essaie alors de compenser en anticipant toujours davantage.
Pourquoi ces pensées paraissent-elles si vraies ?
Si vous avez déjà imaginé un scénario catastrophique, vous avez probablement remarqué une chose.
Votre corps réagit.
Votre cœur s’accélère.
Votre respiration change.
Votre ventre peut se nouer.
Vous ressentez parfois exactement les mêmes sensations que si la situation était réellement en train de se produire.
C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines personnes finissent par être convaincues que leurs inquiétudes sont forcément fondées.
Après tout, si elles ressentent autant d’émotions, c’est bien qu’il doit y avoir un danger…
En réalité, ce n’est pas parce qu’une pensée provoque une émotion qu’elle est vraie.
Notre imagination est extrêmement puissante.
Pensez à un citron que vous coupez en deux.
Imaginez son odeur.
Son goût.
L’acidité sur votre langue.
Il est possible que votre bouche commence déjà à saliver… alors qu’aucun citron n’est devant vous.
Notre cerveau réagit souvent de la même manière avec les scénarios inquiétants.
Il ne fait pas toujours immédiatement la différence entre un danger réel et un danger imaginé.
C’est ce qui explique que vous puissiez ressentir une véritable boule au ventre, des difficultés à dormir ou une forte tension simplement en pensant à une situation qui n’est pas encore arrivée.
Si vous ressentez souvent cette sensation physique, je vous invite également à lire mon article : « Pourquoi ai-je toujours une boule au ventre ?« , dans lequel j’explique pourquoi notre corps exprime parfois ce que nos émotions ont du mal à mettre en mots.
Le cercle vicieux de l’anticipation
Plus vous imaginez le pire…
Plus vous ressentez de peur.
Plus vous ressentez de peur…
Plus votre cerveau pense qu’il a raison de vous protéger.
Alors il imagine encore davantage de scénarios.
C’est un peu comme un détecteur de fumée devenu trop sensible.
À l’origine, il est très utile.
Mais s’il se met à sonner à chaque fois que vous faites griller une tartine, il devient rapidement épuisant.
Votre cerveau fonctionne parfois de la même façon.
Il détecte des dangers… même lorsqu’il n’y a que de l’incertitude.
Les comportements qui entretiennent malgré vous ces inquiétudes
Sans le vouloir, nous adoptons parfois des habitudes qui soulagent sur le moment… mais entretiennent l’anxiété à long terme.
Par exemple :
- demander souvent à être rassuré(e) ;
- vérifier plusieurs fois la même chose ;
- rechercher ses symptômes sur Internet ;
- éviter certaines situations par peur de ce qui pourrait arriver ;
- repousser une décision en attendant d’être « certain(e) » de faire le bon choix.
Ces comportements sont parfaitement compréhensibles.
Ils permettent souvent de diminuer l’inquiétude pendant quelques minutes.
Mais votre cerveau en tire une conclusion :
« Si elle vérifie autant, c’est qu’il y avait sûrement un danger. »
Et il reste en alerte.
Encore.
Et encore.
Les questions que je pose souvent au cabinet
Lorsque j’accompagne une personne qui pense toujours au pire, je ne lui demande presque jamais :
« Pourquoi êtes-vous aussi anxieux(se) ? »
Je préfère lui poser des questions comme :
- À quel moment de votre vie avez-vous commencé à toujours anticiper le pire ?
- Dans quelles situations ces pensées apparaissent-elles le plus souvent ?
- Que cherchent-elles à éviter ?
- Si elles pouvaient parler, que diraient-elles ?
- Qu’arriverait-il si, pendant quelques minutes, vous cessiez d’essayer de tout contrôler ?
Très souvent, ces questions ouvrent une réflexion différente.
On ne cherche plus seulement à supprimer une pensée.
On cherche à comprendre ce qui lui a donné naissance.
Et cette nuance change profondément la manière d’avancer.
Ce que cette pensée essaie peut-être de protéger
J’aimerais terminer cette partie par une idée qui me tient particulièrement à cœur.
Nous avons souvent tendance à considérer nos symptômes comme des ennemis.
Pourtant, il est possible de les regarder autrement.
Et si cette pensée essayait simplement de vous protéger… avec les moyens qu’elle connaît ?
Peut-être cherche-t-elle à :
- éviter une nouvelle déception;
- empêcher une erreur;
- protéger les personnes que vous aimez;
- garder le contrôle sur une situation qui vous échappe.
Son intention est probablement louable.
Ce sont surtout les moyens employés qui deviennent aujourd’hui épuisants.
Cette différence est importante.
Car on ne combat pas un ennemi de la même manière que l’on rassure une partie de soi qui fait de son mieux.
Et c’est souvent là que commence le changement.
Dans la prochaine partie, nous verrons comment sortir progressivement de ce fonctionnement, pourquoi il est inutile de lutter contre ses pensées et comment retrouver un sentiment de sécurité intérieure plus durable. Nous parlerons également des situations où il est important d’échanger avec son médecin traitant, ainsi que de la place que peut prendre l’hypnose dans cet accompagnement.





